Bien souvent vindicative, ces derniers temps, c’est avec une plume apaisée que je m’exprime aujourd’hui, en accord avec une période s’avérant parfois propice à la trêve.
Il n’est pas de tâche moins aisée que d’avoir un aperçu des coutumes birmanes durant le Noël occidental. Tentant malgré tout de résoudre partiellement cette énigme, ou du moins de la sonder, je me suis heurtée à la multiplicité des groupes ethniques (sept recensés, pour autant de régions) se partageant le territoire inégalement. Ayant buté sur la complexité de leurs rites, le flou des frontières entre les diverses religions existantes, c’est un tableau bien confus que je me risque à présenter ici, fait de traits de pinceau imprécis, de choix de support approximatifs, d’une palette de couleurs embrouillée.
S’agissant des généralités, le bouddhisme prédomine, sans aucun doute possible. Or, la netteté des contours de cette religion est difficilement appréciable. Le bouddhiste pratique le culte de Theravâda, ayant foi en l’existence de multiples bouddhas et bodhisattvas. Et tandis que ses adeptes attendent impatiemment avril ou mai, la pleine lune du Taureau, pour fêter le Wesak, la naissance, l’éveil et la mort de Bouddha, des minorités animistes ou chrétiennes font du cerf-volant birman un territoire à part, multireligieux par excellence. A chacun ses rites, ses habitudes, ses croyances.
L’ethnie des Karen (Pwa Ka Nyaw Po) est une incontestable et parfaite représentation de ce melting-pot religieux et culturel. Elle constitue une véritable mini-nation de l’est de la Birmanie, avec son dialecte spécifique (issu des langues sino-tibétaines), son histoire singulière et sa culture. Je me suis virtuellement arrêtée un instant sur son territoire, tout d’abord attirée par l’une de ses particularités : elle rassemble la majorité des chrétiens de Birmanie, traces de l’influence des colonisations passées. Je ne m’étendrai que très peu sur mes découvertes décevantes et navrantes, les Karen faisant l’objet d’une persécution sauvage de la junte birmane - Mais quelle catégorie sociale ou religieuse n’en fait donc pas l’objet, me diriez-vous…? Vivant dans des camps de réfugiés implantés près des frontières birmanes, massacres et pillages participent à leur quotidien. Fuyant en Thaïlande, ils sont une nouvelle preuve de l’incapacité et de la non-volonté de la junte d’intégrer ses minorités.
Mais le but de mon article est autre…
A mille lieues de nos coutumes, les Karen des montagnes, appelés Karen rouges (Pgho) survivent grâce à leur pratique de l’agriculture du riz sur brûlis en rotation. Ils ont ainsi opté pour la monoculture, bien que, confrontés aux risques de ce mode de vie, ils se soient également lancés partiellement dans la culture du sésame. Les Karen blancs (S’Kaw) vivent quant à eux dans les plaines. La société des Karen est une société matrilinéaire, car l’esprit familial se transmet par la femme.
Les renseignements glanés çà et là faisant référence au pourcentage de chrétiens, d’animistes ou de bouddhistes parmi les Karen sont divergents, voire quelquefois contradictoires. La proportion des chrétiens se situerait dans les 30%, un chiffre souvent faussement gonflé par leur présence massive au sein de la guérilla. Mais là aussi, la complexité est de mise, car il existerait autant de confessions que de missionnaires ayant foulé la terre birmane par le passé : baptistes, adventistes, presbytériens, anglicans, catholiques…
Concernant l’animisme, non reconnu comme une religion en tant que telle, nous sommes dans la quasi-impossibilité de mesurer le nombre exact de ses adeptes, ou leur divergence avec des bouddhistes qui partagent nombre de leurs points de vue et à qui on les assimile bien souvent. Selon l’animiste, un terme dépeint de façon bien énigmatique et incomplète, les éléments de la nature sont dotés d’esprit. La notion s’oppose à l’idée platonicienne de la séparation de corps et d’esprit, puisque dans leur cas, corps et esprit sons indissociables et complémentaires, l’un influençant considérablement l’autre.
A nos yeux d’occidentaux, les rites accompagnant leur quotidien, tels le culte du respect du temps et de l'espace (bois sacrés, lieu d'apprentissage des mythes, inaccessibles aux non-initiés sous peine de malédiction), les cérémonies et les bains rituels liés aux saisons, les hommages aux âmes des morts, apparaissent bien souvent dépaysants, quasi incompréhensibles, voire grotesques. Pourtant, ils sont dans certaines tribus aussi naturels que de déjeuner, ou dormir.
Voici donc un tour d’horizon bien incomplet des pratiques religieuses et sociales d’une des ethnies birmanes les plus variées sur le plan des coutumes religieuses. Malheureusement, leur mode de vie autarcique et les persécutions dont ils sont victimes font des Karen birmans des hommes et femmes mystérieux, aux rites divers qu'il est bien compliqué de saisir lorsque nous nous situons à des milliers de kilomètres. Souhaitons donc uniquement à tous que le Noël occidental corresponde à une période de trêve à long terme…