Aung San Suu Kyi : Agonie d’une libération

Alors que je m’apprêtais à me faire l’écho d’une libération amplement attendue - treize longues années - se profilant silencieusement et timidement, c’est un nouveau coup dur, au pays des désillusions. Qu’allait-on donc encore trouver pour retenir le symbole vivant (mais pour combien de temps encore ?) de la rébellion ?
Rien de bien sorcier. Rien de bien fourni, non plus. Car lorsque les rênes judiciaires sont tirées par les mêmes mains que celles modelant la politique, le militaire, le commercial ou l’artistique, les preuves ont seulement besoin de se vernir d’une couche bien superficielle d’objectivité. Une sombre histoire d’un Américain caché dans une résidence archisurveillée 24h/24, dans laquelle la moindre poussière qui se soulève est passée au crible. Crédible, non, bien entendu. Mais qu’importe, ça fera tout de même l’affaire. Celle de ces dictateurs asiatiques. La nôtre, peut-être, également.
Puis l’information est reléguée au second plan, derrière Cannes et ses paillettes, les strass étant là pour recouvrir la honte et la moisissure.
Mais le procès débute. Ne cessons pas d’espérer l’issue heureuse, les miracles existent, paraît-il…

Publié dans : Opposants |le 18 mai, 2009 |Commentaires Désactivés

Exposition : Birmanie, rêves sous surveillance

Les Voûtes parisiennes ont choisi de servir d’écrin à une infime parcelle de l’univers birman, ouvrant leur galerie à l’exposition réalisée par l’association les Yeux dans le Monde. Ainsi, profitant du Mois de la photo-Off, Manon Ott et Grégory Cohen se retrouvent au coeur de cet antre semi-circulaire qui les accueille dans l'intimité. Ils exhibent le fruit de leur travail sous un toit de pierres meulières, positionnées en arc de cercle, entourant l’objet photographique exposé à la lumière artificielle. L’atmosphère est en accord avec le sujet, sensible et nébuleux.


La photographie prend possession du lieu, placée sur un piédestal, sublimée, scrutée et surtout écoutée. Le cliché souhaite se faire témoignage, mais également source de réflexions et de prise de conscience. Ainsi, le noir et blanc se pose une nouvelle fois en récepteur et générateur d’émotions et de questionnements. Il est épaulé par la mise à nu de récits contemporains birmans complémentaires et pragmatiques.

Afin de ne pas être uniquement constat d’un pays en déroute, miroir impuissant ou pâle écho d’une réalité insondable, l’exposition se donne pour mission d’ouvrir des yeux, de réveiller des consciences, d’être cette voix qui fait défaut, ce lien entre deux mondes étrangers l'un à l'autre, cet apport d’un peu du quotidien birman au creux du nôtre, indéniablement ignorant. Discrètement, mais intensément. Les clichés s’inspirent de véritables témoignages de résistants de là-bas, écrivains, peintres, cinéastes : les photographes reproduisent ainsi les précieuses confidences des artistes par le biais de leur propre outil de création, qu’ils maîtrisent à la perfection. Une attitude, un geste, une expression ou des images dérobées au détour d'une rue et immortalisées servent de matière à une présentation bien singulière.

Avec un titre explicite, “Birmanie, rêves sous surveillance”, la toile de fond est obscure, mais les créations artistiques appellent à l’espoir par la connaissance. Et à l'évasion par l'imagination.

Aux côtés du duo d’artistes, Mathieu Flammarion s’invite, faisant offrande de ses peintures et illustrations autour d’un sujet qui lui est cher.

Sous ces Voûtes réputées pour leur acoustique irréprochable, le silence se trouve rompu, d’un simple regard barrant la route d’une indifférence non inéluctable. Le voyage promet d'être fugace, mais enrichissant.

Du 10 au 23 novembre, les Voûtes, Paris 13

Et le 20 novembre, des courts et moyens métrages de cinéastes birmans seront pour la première fois projetés sur écran français, réparant ainsi, en substance, une injustice.

Publié dans : Exposition |le 6 avril, 2009 |Commentaires Désactivés

Le commerce du Sang de Pigeon

Les ressources naturelles birmanes, et notamment la majesté des pierres précieuses du pays, inspirent bon nombre d’écrivains, peintres, chercheurs ou photographes. Si bien qu’il est impossible d’évoquer la Birmanie sans s’attarder quelques instants sur ces minéraux sortis radieusement de ces roches et surfaces terreuses ; des miracles de la nature à l’état brut.

Mais alors que l’on ne voudrait dépeindre que leur texture exceptionnelle, on ne peut faire abstraction de leur passage par Rangoon, d’où ils ressortent souillés, puis par la Thaïlande, où ils sont taillés avant de s'essaimer dans le monde. Le rubis en est le plus important représentant.

 

Un rouge bleuté


Principale richesse de la Birmanie, le rubis sang de pigeon, d’un rouge profond agrémenté d’une touche de bleu, se trouve être l’objet de toutes les convoitises internationales. Ses teintes uniques suffisent à l’élever au rang de pierre incomparable, bien au-dessus des autres membres de la famille des corindons.

La ville de Mogok reste, aux yeux des techniciens de la pierre précieuse - joailliers et autres lapidaires -, emblème même du rubis, son refuge, le lieu où il se cache et s'est développé. Or, la ville de Taunggyi tend à lui voler la vedette depuis quelques années.

 

Coloration occidentale

 

Atteignant, une fois exportés dans le monde occidental, des valeurs pécuniaires incommensurables, souvent montés en pendentifs ou autres bijoux luxueux, ces rubis sont chéris par leurs divers propriétaires.
Malheureusement, ils ne gardent guère gravés en eux les marques de leur triste parcours, débutant dès lors qu'ils sont extraits de leur terre natale. Témoins muets d’un commerce qui, à défaut d’être uniquement une force, se transforme en un combat militaire, tout juste conservent-t-ils, mêlées à leur teinte naturelle, quelques traces sanglantes de leurs périples entre les mains d’une junte enrichissant par ce biais son armée et les poches de ses dirigeants.
L’image de ce rubis flamboyant, considéré par beaucoup comme le plus beau du monde, en est bel et bien ternie, et c’est un autre regard, de regret, de rancoeur ou de méfiance, que l’on porte alors sur ces pierres issues pourtant d’une vallée splendide.
Ce terme de sang de pigeon résonne tout à coup à nos oreilles comme un accord raté, une partition faussée par une poignée de notes dissonantes qui transforment l’ensemble en une terrible cacophonie.

Sang de pigeon : appellation bien étrange, finalement, presque terrifiante, pour qualifier la couleur d’une pierre trempant dans le sang des travailleurs miniers, victimes du travail forcé, puis dans celui versé par les opposants au régime. Les déviances humaines seraient-elles à même de modifier une coloris naturelle ?

Oui, notre regard est différent, lorsque la splendeur cache une infection. Il devient presque paranoïaque.

 

A quand un rubis rebaptisé ?

 

Alors faut-il, dans ces conditions, interdire leur commerce ? La question est pour l’instant en suspens, en Europe comme en Amérique.
Mais celle-ci se révèle bien complexe. Cette pierre n’est-elle pas l’unique passerelle nous reliant à ces hommes, parfois ces enfants, qui creusent les flancs de montagne et remuent la boue afin d’en voir surgir ces minéraux et pouvoir ensuite boire et manger grâce aux fruits de leur récolte ? Ou au contraire n’est-elle que le réceptacle des gouttes de leur sueur et de leur sang, doublé d’un symbole de corruption ? Le sujet est épineux, et les Occidentaux y trouvent également leur compte. Mais peut-être pourrons-nous un jour apercevoir, dans les reflets de cette pierre alors rebaptisée, les combats du peuple birman pour la liberté, notre lutte pour leur liberté, et un somptueux royaume de rubis lavé de ces larmes rouges sang de pigeon versées par ses habitants. Vallée que les touristes seront en droit de revenir admirer.

Peut-être…

Publié dans : Richesses naturelles |le 25 mars, 2009 |Commentaires Désactivés

AZF - Yadana

A l'heure où un nouveau scandale éclabousse, en Italie, la brumeuse éthique de Total, et que le procès AZF daigne enfin s'ouvrir au sein du tribunal provisoire de Toulouse, le groupe pétrolier est une nouvelle fois placé sur la sellette.

Certains osent s'aventurer à parler “d'acharnement”…

S'il s'agit uniquement de “malédiction”, il se pourrait bien que Total ait réellement rencontré le chat noir sous un parapluie ouvert à l'intérieur d'une maison… Mais ne serait-il pas plus probable que les vapeurs de l'or noir montent à la tête au point d'altérer toute faculté de discernement ?

Nombreux sont les journalistes trouvant honorable de mettre en exergue la prise de responsabilité de Total dans l'affaire AZF : aides aux sinistrés, aux compagnies d'assurance, paiement des avocats… Or, soyons francs, il ne s'agit pas là d'un geste citoyen, mais bel et bien d'une manière d'éviter le couperet. Ils connaissent l'histoire…

Total s'est déjà révélé bon Samaritain par le passé, comme aiment à le rappeler ses actionnaires, à cor et à cri, à tous ceux qui osent émettre un doute sur leur loyauté concernant le cas birman : “Grand Dieu non ! En Birmanie, nous ne pratiquions pas le travail forcé, nous n'avons aucunement contribué au bafouement des droits de l'homme lors du projet Yadana, et nous ne participons pas le moins du monde à l'enrichissement du régime totalitaire birman. Non, voyons, nous permettons à des familles entières d'échapper à la pauvreté ambiante en fournissant du travail aux populations jouxtant les exploitations minières…”

Mais voyons, pour qui les prend-on ?

Néanmoins, une interrogation persiste : pourquoi donc, alors, certaines compagnies ont-elles, pour leur part, décidé de se retirer du projet, sous le prétexte de violation de droits de l'homme en Birmanie ? Mystère. De toute façon, la justice n'en fait pas grand cas, alors  pour quelle raison s'en inquiéter ?

140 milliards de mètres cubes de gaz naturel au large des côtes birmanes : de quoi faire tourner la tête à plus d'un de ces groupes pétroliers… Mais ne remettons donc pas en cause constamment la bonne foi du plus important investisseur birman, qui se bat pour nos grandioses et cruciaux intérêts français.

Et pas de craintes : Total ne connaît pas les sad ends. Puisque l'argent fait le bonheur…       

Publié dans : Richesses naturelles |le 27 février, 2009 |1 Commentaire »

L’Accordeur de piano de Daniel Mason

La peinture réalisée par Mason de la vallée de l’Irrawaddy et des territoires Chan marie singularité et plume imbibée de classicisme, douceur musicale et cruauté vériste.

Au centre, un piano Erad de 1840. Ses sons et mélodies se déploient, se dispersent et s’infiltrent dans les moindres recoins d’une Birmanie fébrile, déchirée, colonisée par les Britanniques.

Les notes, gouttes de romance ruisselant sur une terre guerrière et sanguinolente, gonflées d’espoir et de fraîcheur, trouvent leur sens lorsqu’elles percutent et affrontent la réalité crue pour polir ses bords les plus tranchants. Elles sont dirigées par Anthony Carroll, pianiste et troublant officier anglais, légendaire instaurateur de paix au sein des Etats Shan, et ce par le biais de méthodes peu traditionnelles. Son exigence de l’instant : dénicher un accordeur bien particulier, car fin spécialiste, afin de redonner la tonalité d’origine à son piano Erad.

Et c’est sur les pas de cet accordeur londonien peu convaincu de sa mission, répondant au nom d’Edgar Drake, atterrissant en Asie en novice et perdu dans une jungle birmane dont il ne connaît ni les secrets ni le passé, intrigué par cet officier anglais qu’il ne cerne qu’à travers les “on-dit”, que nous chutons, nous relevons, apprenons, écoutons, protestons ou acquiesçons.

Et trébuchons quelques fois avec lui sur les bris de nos certitudes inconsistantes.

Publié dans : Livre |le 27 janvier, 2009 |Commentaires Désactivés

Christmas nay hma mue pyaw pa

Bien souvent vindicative, ces derniers temps, c’est avec une plume apaisée que je m’exprime aujourd’hui, en accord avec une période s’avérant parfois propice à la trêve.
Il n’est pas de tâche moins aisée que d’avoir un aperçu des coutumes birmanes durant le Noël occidental. Tentant malgré tout de résoudre partiellement cette énigme, ou du moins de la sonder, je me suis heurtée à la multiplicité des groupes ethniques (sept recensés, pour autant de régions) se partageant le territoire inégalement. Ayant buté sur la complexité de leurs rites, le flou des frontières entre les diverses religions existantes, c’est un tableau bien confus que je me risque à présenter ici, fait de traits de pinceau imprécis, de choix de support approximatifs, d’une palette de couleurs embrouillée.


S’agissant des généralités, le bouddhisme prédomine, sans aucun doute possible. Or, la netteté des contours de cette religion est difficilement appréciable. Le bouddhiste pratique le culte de Theravâda, ayant foi en l’existence de multiples bouddhas et bodhisattvas. Et tandis que ses adeptes attendent impatiemment avril ou mai, la pleine lune du Taureau, pour fêter le Wesak, la naissance, l’éveil et la mort de Bouddha, des minorités animistes ou chrétiennes font du cerf-volant birman un territoire à part, multireligieux par excellence. A chacun ses rites, ses habitudes, ses croyances.


L’ethnie des Karen (Pwa Ka Nyaw Po) est une incontestable et parfaite représentation de ce melting-pot religieux et culturel. Elle constitue une véritable mini-nation de l’est de la Birmanie, avec son dialecte spécifique (issu des langues sino-tibétaines), son histoire singulière et sa culture. Je me suis virtuellement  arrêtée un instant sur son territoire, tout d’abord attirée par l’une de ses particularités : elle rassemble la majorité des chrétiens de Birmanie, traces de l’influence des colonisations passées. Je ne m’étendrai que très peu sur mes découvertes décevantes et navrantes, les Karen faisant l’objet d’une persécution sauvage de la junte birmane - Mais quelle catégorie sociale ou religieuse n’en fait donc pas l’objet, me diriez-vous…? Vivant dans des camps de réfugiés implantés près des frontières birmanes, massacres et pillages participent à leur quotidien. Fuyant en Thaïlande, ils sont une nouvelle preuve de l’incapacité et de la non-volonté de la junte d’intégrer ses minorités.
Mais le but de mon article est autre…

A mille lieues de nos coutumes, les Karen des montagnes, appelés Karen rouges (Pgho) survivent grâce à leur pratique de l’agriculture du riz sur brûlis en rotation. Ils ont ainsi opté pour la monoculture, bien que, confrontés aux risques de ce mode de vie, ils se soient également lancés partiellement dans la culture du sésame. Les Karen blancs (S’Kaw) vivent quant à eux dans les plaines. La société des Karen est une société matrilinéaire, car l’esprit familial se transmet par la femme.

Les renseignements glanés çà et là faisant référence au pourcentage de chrétiens, d’animistes ou de bouddhistes parmi les Karen sont divergents, voire quelquefois contradictoires. La proportion des chrétiens se situerait dans les 30%, un chiffre souvent faussement gonflé par leur présence massive au sein de la guérilla. Mais là aussi, la complexité est de mise, car il existerait autant de confessions que de missionnaires ayant foulé la terre birmane par le passé : baptistes, adventistes, presbytériens, anglicans, catholiques…
Concernant l’animisme, non reconnu comme une religion en tant que telle, nous sommes dans la quasi-impossibilité de mesurer le nombre exact de ses adeptes, ou leur divergence avec des bouddhistes qui partagent nombre de leurs points de vue et à qui on les assimile bien souvent. Selon l’animiste, un terme dépeint de façon bien énigmatique et incomplète, les éléments de la nature sont dotés d’esprit. La notion s’oppose à l’idée platonicienne de la séparation de corps et d’esprit, puisque dans leur cas, corps et esprit sons indissociables et complémentaires, l’un influençant considérablement l’autre.

A nos yeux d’occidentaux, les rites accompagnant leur quotidien, tels le culte du respect du temps et de l'espace (bois sacrés, lieu d'apprentissage des mythes, inaccessibles aux non-initiés sous peine de malédiction), les cérémonies et les bains rituels liés aux saisons, les hommages aux âmes des morts, apparaissent bien souvent dépaysants, quasi incompréhensibles, voire grotesques. Pourtant, ils sont dans certaines tribus aussi naturels que de déjeuner, ou dormir.

 
Voici donc un tour d’horizon bien incomplet des pratiques religieuses et sociales d’une des ethnies birmanes les plus variées sur le plan des coutumes religieuses. Malheureusement, leur mode de vie autarcique et les persécutions dont ils sont victimes font des Karen birmans des hommes et femmes mystérieux, aux rites divers qu'il est bien compliqué de saisir lorsque nous nous situons à des milliers de kilomètres. Souhaitons donc uniquement à tous que le Noël occidental corresponde à une période de trêve à long terme…

Publié dans : Générale |le 12 décembre, 2008 |Commentaires Désactivés

Nay Phone Latt, blogger de 28 ans

    En réponse aux bouteilles à la mer lancées par les organisations RSF et BMA, je publie ces quelques lignes, utilisant ainsi le moyen d’expression ayant servi d'excuse pour envoyer un innocent au fond d’un cachot. Pourtant, dans mon cas, cet article ne portera nullement à conséquence, bien qu’il se veuille et se revendique véritable dénonciation d’un système birman où la liberté d’expression est piétinée, bafouée, et réduite à l’état de ruines.

Nay Phone Latt  Nouvel exemple.

Nay Phone Latt avait créé un blog sous forme de forum de discussions. Jusque-là, rien de plus ordinaire. Or, il se trouve des pays dans lesquels les thèmes sont inspectés, épluchés, les discussions passées à la loupe, pour la bonne et simple raison que toutes ne sont pas autorisées, certaines suites de mots forment un interdit, une multitude de termes doivent être bannis du vocabulaire, quelques associations de lettres sont considérées comme péché envers la nation. Il en est ainsi pour “hausse” lorsque le mot est juxtaposé à “prix”. Qui donc ose parler de hausse des prix en Birmanie ? De coupures d’électricité ?
Un jeune homme a osé, oui, ouvrir un blog en langue birmane décrivant la vie quotidienne au coeur de son pays. Il aurait pu faire étalage de mensonges, mais a préféré laisser s’exprimer des internautes sur une réalité économique. Oh, parjure…
Sa peine aurait pu être - ce qui aurait déjà constitué une atteinte totale à la liberté d’expression - la fermeture du blog concerné…

Elle sera de 20 ans de prison. Excès, disproportion, scandale. A nous les gens de lettres, les mots nous manquent. Et sont bien impuissants face à cette aberration, qui nous laisse aussi pantois qu’elle laisse de marbre nos dirigeants.

Mon article sera court, car l’histoire parle d’elle-même. Et inspire davantage le dégoût que la prose.

Publié dans : Opposants |le 2 novembre, 2008 |Commentaires Désactivés

14 février

Saw Wai avait opté pour un déguisement en forme de poème d’amour crypté. Son but ? Délivrer un message. Timidement, et à l’aide d’un simple acrostiche, il désirait user de son droit à la liberté d’expression, la bridant toutefois encore à demi en ayant recours au masque et à l’artifice. Ainsi, les premières lettres de chaque vers de son poème 14 février, lues verticalement, formaient une combinaison à valeur vindicative. Sous couvert de chanter la peine d’un homme au coeur brisé, Saw Wai dépoussiérait un lieu commun : “Le généralissime Than Shwe Senior est ivre de pouvoir.”
Il fut arrêté en janvier 2008. Le poème écrit pour la Saint-Valentin, et publié dans un journal en langue birmane, vexait le principal intéressé. Than Shwe serait-il aussi insensible à la majesté des figures et procédés stylistiques qu’il l’est à la souffrance de son peuple ? Ou la vérité est-elle si douloureuse à regarder, lorsqu’elle est dépeinte par un poète reconnu, talentueux, réussissant à faire jaillir l’essence des mots de sa plume romantique ?
La confrontation du doucereux monde poétique avec le rude enfer politique provoque des étincelles : deux mondes excessivement oxymoriques. Profondément contradictoires. Qui, logiquement, ne se comprennent pas, tant l'intense sensibilité qui est condition de l’un fait terriblement défaut à l’autre.
Dans notre France, avec nos combats à coups de missives assassines, parfois même excessivement agressives, nous sommes à mille lieues de toutes ces préoccupations. Là-bas, quelques mots mixés à une plaidoirie amoureuse prennent des proportions incroyables. Représentent un risque majeur. Et face à la poésie, le politique l’emporte. Les armes ne sont pas les mêmes, et si l’une peut atteindre profondément l’âme, l’autre à le pouvoir de réduire totalement à néant.

Un pouvoir allant jusqu’à contraindre au silence ce poète romantique, ou à le restreindre à ne parler que d'amour, et uniquement d'amour, lorsqu'il vit et travaille dans un pays envahi par la haine, la brutalité et l'irrespect. Comment s’abstenir de donner un double sens à sa poésie lorsque les termes n'ont plus la même saveur, la même consistance, voire la même définition, influencés, métamorphosés, faussés par l'atmosphère entourant le lieu de leur matérialisation sur le papier ?

Les derniers mots seront laissés à Saw Wai…

“Aux millions de personnes qui savent comment aimer, je vous en prie, frappez dans vos mains dorées et riez.”

Publié dans : Opposants |le 24 octobre, 2008 |1 Commentaire »

Invisible Birmanie

Propulsée sur le devant de la scène internationale au moment des manifestations de ses moines bouddhistes, puis de ses inondations désastreuses, la Birmanie est retournée dans l’ombre, poursuivie par ses mêmes fantômes. Comme le veut la coutume. Victime de l’oppression d’une junte militaire tenant les médias à l’écart des ignominies qu’elle fait endurer à son peuple. Point d’orgue informatif concernant un sujet éternellement brûlant.

Flash-back…

Septembre 2007. Des manifestations bouddhistes, telle celle de Sittwe, secouent le pays entier. De rares images parviennent jusqu’à nous. Origine de ce mouvement contestataire : une hausse brutal du prix du carburant le mois précédent. Mais lorsque l’on retire la fine pellicule en surface, c’est une tout autre exhortation, bien plus sérieuse, qui se dessine : un appel à l’aide, une véritable rébellion contre un système totalitaire au sein duquel les bonzes sont violentés, les opposants emprisonnés. Les chefs bouddhistes sont surnommés les “diables”, car ils sont soupçonnés d’enrôler les jeunes moines et de les pousser à défier les autorités. Que faire face à ces supposées incarnations du mal, si ce n’est les faire taire ? La junte tire donc dans la foule. La mainmise se concrétise. Fin de la résistance. L’appel reste vain.

Mai 2008. Le cyclone Nargis balaie le pays. Des rizières totalement inondées, Rangoon cernée par les eaux, des villages entiers noyés : la phénomène naturel soumet une nouvelle épreuve à un pays déjà atrocement mutilé par la corruption et l’absence de liberté d’expression. Et dans ce chaos, la junte se révèle hésitante : doit-on permettre à l’aide internationale de poser les pieds sur le territoire ? Leurs barrages laissent passer quelques membres de l’organisation internationale afin de montrer que les dirigeants peuvent faire preuve d’une grande “souplesse”, selon les termes de Ban Ki-Moon (membre de l’ONU).

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Publié dans : Générale |le 10 octobre, 2008 |Commentaires Désactivés

Or rouge

Au cours d’un périple à travers les formules stylistiques d’un récit séduisant, et alors que mes lectures se succédaient à un rythme effréné, j’accomplis mes premiers pas, idem à une débutante devant un clavier, au coeur d’une vallée pour moi encore entièrement inconnue : celle de l’ambre, du jade vert, du rubis appelé “sang de pigeon” tant sa couleur lui est similaire. La Vallée du Rubis retint mon temps, et surtout mon attention. Myanmar m’ouvrait ses portes, me dévoilait ses pierres précieuses, et avec elles d’autres richesses bien moins matérielles, mais bien plus essentielles. Happée par cet univers énigmatique, j’eus du mal à en détacher mon regard, et également mon esprit.

Ces premiers pas se révélaient hésitants, poussés par l’élan d’ivresse que cette chaleureuse terre birmane me procurait, mais retenus par la boue, la souillure, le sang rejetés par cette même terre parsemée d’or rouge. Je m’y aventurai quand même plus avant…

Et mon parcours se poursuit encore.

Actrice du monde des médias, je désirai témoigner de cette surprenant découverte. Puis, comme un coeur qui s’emballe, ce témoignage s’imbiba davantage de subjectif, laissant filtrer quelques touches de sensibilité, et prit une allure de combat par les mots.

Entre coups de gueule et de coeur, puis de gueule, de coeur, je ne peux prétendre aujourd’hui avoir saisi les contours si flous et mystérieux de ce pays, mais je peux affirmer que je m’y obstine. Ma soif d’une connaissance concrète, de voyage au coeur des entrailles birmanes, est apaisée, partiellement, par ces renseignements que je glane, ces clichés rencontrés, ces textes permettant une évasion virtuelle jusqu’en Asie.

Quand je foulerai, effleurerai de mes doigts, et photographierai Myanmar, mes articles pourront se vanter d’avoir cette arôme de là-bas qu’il leur manque cruellement, une senteur mystique, une saveur asiatique emprunte de bouddhisme.

Publié dans : Générale |le 8 octobre, 2008 |1 Commentaire »