« La Birmanie est un Disneyland fasciste » Aung San Suu kyi

Happy World : Birmanie, la dictature de l’absurde
(Birma, the dictatorship of the absurd)

Réalisé en 2009 par Tristan Mendès France et Gaël Bordier et détenteur dans sa version anglaise du prix Orson Welles 2010, ce documentaire est un bijou du genre : il cerne, filme et explique précisément les incohérences, les incompréhensions, les délires du gouvernement birman empoisonnant la vie quotidienne des habitants. C’est interloqués que nous sommes les témoins de l’absurdité des décisions prises par le régime, soit par profit, soit par sécurité face à un peuple qui pourrait revendiquer une nouvelle fois son droit à la liberté, soit tout simplement par croyance ou lubie. En voici un aperçu :

- La conduite à droite avec volant… à droite

Alors que les Birmans roulaient logiquement à gauche, leurs autos possédant un volant à droite, depuis une dizaine d’années, les autorités ont imposé la conduite à droite pour une raison particulièrement défendable : cela porterait… chance au régime.
Ainsi, le passager doit, en cas de dépassement, indiquer au conducteur si une voiture arrive ou non en face, puis… Inch’Allah !

- Birmanie vs Myanmar

En 1989, la Birmanie est rebaptisée Myanmar par le pouvoir en place. Explication ? Très vague, il s’agirait de revenir aux origines de la nation, l’étymologie Myanmar signifiant « pays merveilleux créé par les esprits-habitants mythiques ».

- Access has been denied

Internet étant censuré, la plupart des sites sont interdits d’accès. Notamment les sites étrangers. Quelques endroits bien spécifiques vous permettent de consulter par exemple vos boîtes de messagerie ou autres, mais le débit est très lent et vous devez laisser vos nom et prénom et présenter votre passeport. Les mails peuvent bien entendu être contrôlés par la junte.

- 2e producteur d’opium… mais 1er à exposer leur lutte contre la drogue

Alors que les pipes d’opium sont l’un des symboles du pays et que vous pouvez vous procurer les plus lourdes de toute l’Asie, un musée géantissime bâti par le régime, totalement vide de tout visiteur, a été dédié à la lutte contre la drogue. Tristan Mendès France évoque leur esprit un brin « schizophrène ».

- Exit Rangoon… Welcome Naypyidaw

En 2005, nouvelle lubie -- et pas la moindre -- du gouvernement : déplacer la capitale de 300 km, mais en avertissant les Birmans seulement deux mois après. Une autoroute, chère et quasiment non utilisée, est construite afin de joindre les deux villes. Naypyidaw, « le siège des rois », est un « carré VIP » géant, un gouffre économique comprenant golf désert, magasins déserts, salles de jeux désertes, zoo désert, la reproduction de la plus célèbre pagode birmane et… le camp militaire. Contresens, absurdité, délire… L’idée d’origine proviendrait une nouvelle fois de l’astrologie.

- Kyet suu : la folie du biodiesel

Than Shwe voue une passion sans bornes -- et sans plus de raisons -- au biodiesel. L’ensemble des paysans, même les plus pauvres, sont dans l’obligation de cultiver le kyet suu. Malheureusement, les essais d’exportation à l’échelle internationale seraient un flop. On prétend que cette obsession serait dû au nom même de la plante : kiet suu, inverse de Suu Kyi… Un chiasme aux conséquences néfastes pour la population.

- Journaux dégoulinant de nationalisme

Amour, gloire et beauté… de la patrie, voilà donc le résumé des quotidiens nationaux. Comment être un bon citoyen ? Quel nouveau pont a été érigé sur le territoire ? Oui, il paraîtrait que les ponts soient le dada du gouvernement, préférant les multiplier à tort et à travers plutôt que de conserver ses économies pour soigner ses habitants. Quant aux nouvelles étrangères, elles se cantonnent à tourner en ridicule Angleterre ou USA. Les journalistes non birmans sont eux priés de ne pas pénétrer sur le territoire… les périodiques internationaux sont donc peu bavards sur le sujet pourtant brûlant de la dictature sévissant au Myanmar.

- Des étudiants excentrés

La junte craint ses étudiants, les soulèvements passés du peuple leur étant en partie imputés. Elle a donc choisi d’excentrer ses universités en dehors de Rangoon, ce qui pousse de nombreux universitaires à opter pour les études à distance (e-learning) et donc… à rester chez eux.

- Accord du comité du quartier pour inviter un ami à dormir

Un grand nombre de formulaires sont à remplir si, à l’occasion, une personne ne dort pas chez elle mais chez un ami ou un proche. Le comité du quartier doit accepter cette entorse à l’habitude. Une manière de surveiller les moindres faits et gestes de chacun.

- Des billets multiples de neuf

Le chiffre 9 étant un numéro porte-bonheur dans les pays bouddhistes, des billets multiples de neuf avaient été réalisés, exigence de la junte. Or devant la pagaille provoquée, leur impression a dû être arrêtée pour revenir à un découpage de la monnaie plus classique…

- Huit litres d’essence maximum

Afin de limiter les déplacements, les véhicules ne peuvent prendre que 8 litres d’essence à chaque passage en pompes et par jour. Ils sont dans l’obligation de tenir un carnet contrôlé par les autorités.

- Total… ou comment le profit ferme les yeux des dirigeants

L’entreprise française a dû « acheter » les terres de nombreux Birmans pour pouvoir construire ses oléoducs. A ce jour, curieusement, ce ne sont pas les habitants expulsés qui ont été indemnisés, mais… les militaires.

Un « Disneyland fasciste », où la façade prime sur la qualité de vie populaire, où les pagodes en or cachent la désordre économique, où l’apparat tire un voile sur la misère d’habitants toujours plus acculés.

Bravo aux auteurs de ce riche documentaire pour leur travail, leur cynisme, leur audace, leur humanité et pour leur sang-froid devant les risque encourus.

Publié dans : |le 10 avril, 2011 |Commentaires fermés

13 novembre 2010

Li-ber-té.

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Publié dans : |le 14 novembre, 2010 |Commentaires fermés

Arte – « Résistances en Birmanie »

Risquer sa vie pour des images. Non pour immortaliser du sensationnel, juste pour montrer un quotidien. Le vidéojournalisme se résume ainsi en Birmanie. Plus qu’un métier, c’est une conviction, une rébellion, un combat.

Car si en France, c’est à tout-va que l’on dépose des plaintes grotesques et souvent sans conséquences contre la presse pour diffamation ou atteinte à la vie privée, là-bas, filmer une rue, un bus, rime avec condamnation à vie, voire avec peine de mort. Le documentaire nous met sur les pas bien incertains, fébriles et titubants d’un groupe de vidéojournalistes en plein coeur des émeutes de 2007, lors desquelles la population, les moines en tête, avait décidé de faire enfin entendre son ras le bol.

La qualité artistique de l’image se trouve en elle-même, dans ses entrailles et non son apparat, car celle-ci est témoignage, révélations et symbole. Un visage est une souffrance, un cri la plainte d’une nation entière. Pas de décors, de lumières, de fards ou de déguisements : du vrai, à l’état pur. Poignant, sincère.

Mille fois ces journalistes traqueurs de clichés ont frôlé l’arrestation ou les balles, et sans baisser les bras, ils ont poursuivi leur objectif : faire sortir ses pellicules du territoire, pour donner à voir, car ils savent que leur salut repose sur le monde extérieur et sur l’information. Leurs films ont bien étaient réceptionnés et relégués par les médias étrangers… mais les gouvernements ont regardé passer le train, en spectateur. Ils ont miré les centaines de milliers de Birmans qui défilaient au nom des droits de l’homme, les moines en chefs de file. Ils ont écouté sans réagir la junte birmane décréter que les rassemblements de plus de cinq personnes étaient interdits, instaurer un couvre-feu, puis tirer sur la foule à balles réelles. Nombre de moines ont « disparu ». Le peuple, apeuré, est rentré chez lui. L’un des vidéojournalistes a suivi la foule des derniers étudiants encore debout, les poings levés, puis leur passage à tabac, et leur arrestation.

Il a jeté ces images à nos visages : une poussière dans l’oeil, vite balayée. Notre regard est resté un moment figé sur ceux de ces résistants qui, à l’image, d’Aung San Suu Kyi, ont voulu tenir tête aux généraux et à leur politique de terreur. Puis nous l’avons détourné, préférant le poser sur notre monde, plus rassurant bien que tout aussi condamnable.

Nous leur avons donc répondu. Par l’oubli et l’indifférence. Les deux mamelles de l’inhumanité.

Le groupe des vidéojournalistes a été repéré, quelques-uns ont été arrêtés, d’autres ont fui. La bataille était perdue, mais ces reporters restent des exemples. Plus que de nous laisser une petite plaie à l’âme, ils ont mis en lumière ce que devait être ce métier, fait de courage, de vérité, de ténacité et de convictions sincères…

Publié dans : |le 24 juillet, 2010 |Commentaires fermés

Aung San Suu Kyi : Agonie d’une libération

Alors que je m’apprêtais à me faire l’écho d’une libération amplement attendue -- treize longues années -- se profilant silencieusement et timidement, c’est un nouveau coup dur, au pays des désillusions. Qu’allait-on donc encore trouver pour retenir le symbole vivant (mais pour combien de temps encore ?) de la rébellion ?
Rien de bien sorcier. Rien de bien fourni, non plus. Car lorsque les rênes judiciaires sont tirées par les mêmes mains que celles modelant la politique, le militaire, le commercial ou l’artistique, les preuves ont seulement besoin de se vernir d’une couche bien superficielle d’objectivité. Une sombre histoire d’un Américain caché dans une résidence archisurveillée 24h/24, dans laquelle la moindre poussière qui se soulève est passée au crible. Crédible, non, bien entendu. Mais qu’importe, ça fera tout de même l’affaire. Celle de ces dictateurs asiatiques. La nôtre, peut-être, également.
Puis l’information est reléguée au second plan, derrière Cannes et ses paillettes, les strass étant là pour recouvrir la honte et la moisissure.
Mais le procès débute. Ne cessons pas d’espérer l’issue heureuse, les miracles existent, paraît-il…

Publié dans : |le 18 mai, 2009 |Commentaires fermés

Exposition : Birmanie, rêves sous surveillance

Les Voûtes parisiennes ont choisi de servir d’écrin à une infime parcelle de l’univers birman, ouvrant leur galerie à l’exposition réalisée par l’association les Yeux dans le Monde. Ainsi, profitant du Mois de la photo-Off, Manon Ott et Grégory Cohen se retrouvent au coeur de cet antre semi-circulaire qui les accueille dans l’intimité. Ils exhibent le fruit de leur travail sous un toit de pierres meulières, positionnées en arc de cercle, entourant l’objet photographique exposé à la lumière artificielle. L’atmosphère est en accord avec le sujet, sensible et nébuleux.


La photographie prend possession du lieu, placée sur un piédestal, sublimée, scrutée et surtout écoutée. Le cliché souhaite se faire témoignage, mais également source de réflexions et de prise de conscience. Ainsi, le noir et blanc se pose une nouvelle fois en récepteur et générateur d’émotions et de questionnements. Il est épaulé par la mise à nu de récits contemporains birmans complémentaires et pragmatiques.

Afin de ne pas être uniquement constat d’un pays en déroute, miroir impuissant ou pâle écho d’une réalité insondable, l’exposition se donne pour mission d’ouvrir des yeux, de réveiller des consciences, d’être cette voix qui fait défaut, ce lien entre deux mondes étrangers l’un à l’autre, cet apport d’un peu du quotidien birman au creux du nôtre, indéniablement ignorant. Discrètement, mais intensément. Les clichés s’inspirent de véritables témoignages de résistants de là-bas, écrivains, peintres, cinéastes : les photographes reproduisent ainsi les précieuses confidences des artistes par le biais de leur propre outil de création, qu’ils maîtrisent à la perfection. Une attitude, un geste, une expression ou des images dérobées au détour d’une rue et immortalisées servent de matière à une présentation bien singulière.

Avec un titre explicite, “Birmanie, rêves sous surveillance”, la toile de fond est obscure, mais les créations artistiques appellent à l’espoir par la connaissance. Et à l’évasion par l’imagination.

Aux côtés du duo d’artistes, Mathieu Flammarion s’invite, faisant offrande de ses peintures et illustrations autour d’un sujet qui lui est cher.

Sous ces Voûtes réputées pour leur acoustique irréprochable, le silence se trouve rompu, d’un simple regard barrant la route d’une indifférence non inéluctable. Le voyage promet d’être fugace, mais enrichissant.

Du 10 au 23 novembre, les Voûtes, Paris 13

Et le 20 novembre, des courts et moyens métrages de cinéastes birmans seront pour la première fois projetés sur écran français, réparant ainsi, en substance, une injustice.

Publié dans : |le 6 avril, 2009 |Commentaires fermés

Le commerce du Sang de Pigeon

Les ressources naturelles birmanes, et notamment la majesté des pierres précieuses du pays, inspirent bon nombre d’écrivains, peintres, chercheurs ou photographes. Si bien qu’il est impossible d’évoquer la Birmanie sans s’attarder quelques instants sur ces minéraux sortis radieusement de ces roches et surfaces terreuses ; des miracles de la nature à l’état brut.

Mais alors que l’on ne voudrait dépeindre que leur texture exceptionnelle, on ne peut faire abstraction de leur passage par Rangoon, d’où ils ressortent souillés, puis par la Thaïlande, où ils sont taillés avant de s’essaimer dans le monde. Le rubis en est le plus important représentant.

 

Un rouge bleuté


Principale richesse de la Birmanie, le rubis sang de pigeon, d’un rouge profond agrémenté d’une touche de bleu, se trouve être l’objet de toutes les convoitises internationales. Ses teintes uniques suffisent à l’élever au rang de pierre incomparable, bien au-dessus des autres membres de la famille des corindons.

La ville de Mogok reste, aux yeux des techniciens de la pierre précieuse -- joailliers et autres lapidaires -, emblème même du rubis, son refuge, le lieu où il se cache et s’est développé. Or, la ville de Taunggyi tend à lui voler la vedette depuis quelques années.

 

Coloration occidentale

 

Atteignant, une fois exportés dans le monde occidental, des valeurs pécuniaires incommensurables, souvent montés en pendentifs ou autres bijoux luxueux, ces rubis sont chéris par leurs divers propriétaires.
Malheureusement, ils ne gardent guère gravés en eux les marques de leur triste parcours, débutant dès lors qu’ils sont extraits de leur terre natale. Témoins muets d’un commerce qui, à défaut d’être uniquement une force, se transforme en un combat militaire, tout juste conservent-t-ils, mêlées à leur teinte naturelle, quelques traces sanglantes de leurs périples entre les mains d’une junte enrichissant par ce biais son armée et les poches de ses dirigeants.
L’image de ce rubis flamboyant, considéré par beaucoup comme le plus beau du monde, en est bel et bien ternie, et c’est un autre regard, de regret, de rancoeur ou de méfiance, que l’on porte alors sur ces pierres issues pourtant d’une vallée splendide.
Ce terme de sang de pigeon résonne tout à coup à nos oreilles comme un accord raté, une partition faussée par une poignée de notes dissonantes qui transforment l’ensemble en une terrible cacophonie.

Sang de pigeon : appellation bien étrange, finalement, presque terrifiante, pour qualifier la couleur d’une pierre trempant dans le sang des travailleurs miniers, victimes du travail forcé, puis dans celui versé par les opposants au régime. Les déviances humaines seraient-elles à même de modifier une coloris naturelle ?

Oui, notre regard est différent, lorsque la splendeur cache une infection. Il devient presque paranoïaque.

 

A quand un rubis rebaptisé ?

 

Alors faut-il, dans ces conditions, interdire leur commerce ? La question est pour l’instant en suspens, en Europe comme en Amérique.
Mais celle-ci se révèle bien complexe. Cette pierre n’est-elle pas l’unique passerelle nous reliant à ces hommes, parfois ces enfants, qui creusent les flancs de montagne et remuent la boue afin d’en voir surgir ces minéraux et pouvoir ensuite boire et manger grâce aux fruits de leur récolte ? Ou au contraire n’est-elle que le réceptacle des gouttes de leur sueur et de leur sang, doublé d’un symbole de corruption ? Le sujet est épineux, et les Occidentaux y trouvent également leur compte. Mais peut-être pourrons-nous un jour apercevoir, dans les reflets de cette pierre alors rebaptisée, les combats du peuple birman pour la liberté, notre lutte pour leur liberté, et un somptueux royaume de rubis lavé de ces larmes rouges sang de pigeon versées par ses habitants. Vallée que les touristes seront en droit de revenir admirer.

Peut-être…

Publié dans : |le 25 mars, 2009 |Commentaires fermés

AZF – Yadana

A l’heure où un nouveau scandale éclabousse, en Italie, la brumeuse éthique de Total, et que le procès AZF daigne enfin s’ouvrir au sein du tribunal provisoire de Toulouse, le groupe pétrolier est une nouvelle fois placé sur la sellette.

Certains osent s’aventurer à parler « d’acharnement »…

S’il s’agit uniquement de « malédiction », il se pourrait bien que Total ait réellement rencontré le chat noir sous un parapluie ouvert à l’intérieur d’une maison… Mais ne serait-il pas plus probable que les vapeurs de l’or noir montent à la tête au point d’altérer toute faculté de discernement ?

Nombreux sont les journalistes trouvant honorable de mettre en exergue la prise de responsabilité de Total dans l’affaire AZF : aides aux sinistrés, aux compagnies d’assurance, paiement des avocats… Or, soyons francs, il ne s’agit pas là d’un geste citoyen, mais bel et bien d’une manière d’éviter le couperet. Ils connaissent l’histoire…

Total s’est déjà révélé bon Samaritain par le passé, comme aiment à le rappeler ses actionnaires, à cor et à cri, à tous ceux qui osent émettre un doute sur leur loyauté concernant le cas birman : « Grand Dieu non ! En Birmanie, nous ne pratiquions pas le travail forcé, nous n’avons aucunement contribué au bafouement des droits de l’homme lors du projet Yadana, et nous ne participons pas le moins du monde à l’enrichissement du régime totalitaire birman. Non, voyons, nous permettons à des familles entières d’échapper à la pauvreté ambiante en fournissant du travail aux populations jouxtant les exploitations minières… »

Mais voyons, pour qui les prend-on ?

Néanmoins, une interrogation persiste : pourquoi donc, alors, certaines compagnies ont-elles, pour leur part, décidé de se retirer du projet, sous le prétexte de violation de droits de l’homme en Birmanie ? Mystère. De toute façon, la justice n’en fait pas grand cas, alors  pour quelle raison s’en inquiéter ?

140 milliards de mètres cubes de gaz naturel au large des côtes birmanes : de quoi faire tourner la tête à plus d’un de ces groupes pétroliers… Mais ne remettons donc pas en cause constamment la bonne foi du plus important investisseur birman, qui se bat pour nos grandioses et cruciaux intérêts français.

Et pas de craintes : Total ne connaît pas les sad ends. Puisque l’argent fait le bonheur…       

Publié dans : |le 27 février, 2009 |1 Commentaire »

L’Accordeur de piano de Daniel Mason

La peinture réalisée par Mason de la vallée de l’Irrawaddy et des territoires Chan marie singularité et plume imbibée de classicisme, douceur musicale et cruauté vériste.

Au centre, un piano Erad de 1840. Ses sons et mélodies se déploient, se dispersent et s’infiltrent dans les moindres recoins d’une Birmanie fébrile, déchirée, colonisée par les Britanniques.

Les notes, gouttes de romance ruisselant sur une terre guerrière et sanguinolente, gonflées d’espoir et de fraîcheur, trouvent leur sens lorsqu’elles percutent et affrontent la réalité crue pour polir ses bords les plus tranchants. Elles sont dirigées par Anthony Carroll, pianiste et troublant officier anglais, légendaire instaurateur de paix au sein des Etats Shan, et ce par le biais de méthodes peu traditionnelles. Son exigence de l’instant : dénicher un accordeur bien particulier, car fin spécialiste, afin de redonner la tonalité d’origine à son piano Erad.

Et c’est sur les pas de cet accordeur londonien peu convaincu de sa mission, répondant au nom d’Edgar Drake, atterrissant en Asie en novice et perdu dans une jungle birmane dont il ne connaît ni les secrets ni le passé, intrigué par cet officier anglais qu’il ne cerne qu’à travers les “on-dit”, que nous chutons, nous relevons, apprenons, écoutons, protestons ou acquiesçons.

Et trébuchons quelques fois avec lui sur les bris de nos certitudes inconsistantes.

Publié dans : |le 27 janvier, 2009 |Commentaires fermés

Christmas nay hma mue pyaw pa

Bien souvent vindicative, ces derniers temps, c’est avec une plume apaisée que je m’exprime aujourd’hui, en accord avec une période s’avérant parfois propice à la trêve.
Il n’est pas de tâche moins aisée que d’avoir un aperçu des coutumes birmanes durant le Noël occidental. Tentant malgré tout de résoudre partiellement cette énigme, ou du moins de la sonder, je me suis heurtée à la multiplicité des groupes ethniques (sept recensés, pour autant de régions) se partageant le territoire inégalement. Ayant buté sur la complexité de leurs rites, le flou des frontières entre les diverses religions existantes, c’est un tableau bien confus que je me risque à présenter ici, fait de traits de pinceau imprécis, de choix de support approximatifs, d’une palette de couleurs embrouillée.


S’agissant des généralités, le bouddhisme prédomine, sans aucun doute possible. Or, la netteté des contours de cette religion est difficilement appréciable. Le bouddhiste pratique le culte de Theravâda, ayant foi en l’existence de multiples bouddhas et bodhisattvas. Et tandis que ses adeptes attendent impatiemment avril ou mai, la pleine lune du Taureau, pour fêter le Wesak, la naissance, l’éveil et la mort de Bouddha, des minorités animistes ou chrétiennes font du cerf-volant birman un territoire à part, multireligieux par excellence. A chacun ses rites, ses habitudes, ses croyances.


L’ethnie des Karen (Pwa Ka Nyaw Po) est une incontestable et parfaite représentation de ce melting-pot religieux et culturel. Elle constitue une véritable mini-nation de l’est de la Birmanie, avec son dialecte spécifique (issu des langues sino-tibétaines), son histoire singulière et sa culture. Je me suis virtuellement  arrêtée un instant sur son territoire, tout d’abord attirée par l’une de ses particularités : elle rassemble la majorité des chrétiens de Birmanie, traces de l’influence des colonisations passées. Je ne m’étendrai que très peu sur mes découvertes décevantes et navrantes, les Karen faisant l’objet d’une persécution sauvage de la junte birmane -- Mais quelle catégorie sociale ou religieuse n’en fait donc pas l’objet, me diriez-vous…? Vivant dans des camps de réfugiés implantés près des frontières birmanes, massacres et pillages participent à leur quotidien. Fuyant en Thaïlande, ils sont une nouvelle preuve de l’incapacité et de la non-volonté de la junte d’intégrer ses minorités.
Mais le but de mon article est autre…

A mille lieues de nos coutumes, les Karen des montagnes, appelés Karen rouges (Pgho) survivent grâce à leur pratique de l’agriculture du riz sur brûlis en rotation. Ils ont ainsi opté pour la monoculture, bien que, confrontés aux risques de ce mode de vie, ils se soient également lancés partiellement dans la culture du sésame. Les Karen blancs (S’Kaw) vivent quant à eux dans les plaines. La société des Karen est une société matrilinéaire, car l’esprit familial se transmet par la femme.

Les renseignements glanés çà et là faisant référence au pourcentage de chrétiens, d’animistes ou de bouddhistes parmi les Karen sont divergents, voire quelquefois contradictoires. La proportion des chrétiens se situerait dans les 30%, un chiffre souvent faussement gonflé par leur présence massive au sein de la guérilla. Mais là aussi, la complexité est de mise, car il existerait autant de confessions que de missionnaires ayant foulé la terre birmane par le passé : baptistes, adventistes, presbytériens, anglicans, catholiques…
Concernant l’animisme, non reconnu comme une religion en tant que telle, nous sommes dans la quasi-impossibilité de mesurer le nombre exact de ses adeptes, ou leur divergence avec des bouddhistes qui partagent nombre de leurs points de vue et à qui on les assimile bien souvent. Selon l’animiste, un terme dépeint de façon bien énigmatique et incomplète, les éléments de la nature sont dotés d’esprit. La notion s’oppose à l’idée platonicienne de la séparation de corps et d’esprit, puisque dans leur cas, corps et esprit sons indissociables et complémentaires, l’un influençant considérablement l’autre.

A nos yeux d’occidentaux, les rites accompagnant leur quotidien, tels le culte du respect du temps et de l’espace (bois sacrés, lieu d’apprentissage des mythes, inaccessibles aux non-initiés sous peine de malédiction), les cérémonies et les bains rituels liés aux saisons, les hommages aux âmes des morts, apparaissent bien souvent dépaysants, quasi incompréhensibles, voire grotesques. Pourtant, ils sont dans certaines tribus aussi naturels que de déjeuner, ou dormir.

 
Voici donc un tour d’horizon bien incomplet des pratiques religieuses et sociales d’une des ethnies birmanes les plus variées sur le plan des coutumes religieuses. Malheureusement, leur mode de vie autarcique et les persécutions dont ils sont victimes font des Karen birmans des hommes et femmes mystérieux, aux rites divers qu’il est bien compliqué de saisir lorsque nous nous situons à des milliers de kilomètres. Souhaitons donc uniquement à tous que le Noël occidental corresponde à une période de trêve à long terme…

Publié dans : |le 12 décembre, 2008 |Commentaires fermés

Nay Phone Latt, blogger de 28 ans

    En réponse aux bouteilles à la mer lancées par les organisations RSF et BMA, je publie ces quelques lignes, utilisant ainsi le moyen d’expression ayant servi d’excuse pour envoyer un innocent au fond d’un cachot. Pourtant, dans mon cas, cet article ne portera nullement à conséquence, bien qu’il se veuille et se revendique véritable dénonciation d’un système birman où la liberté d’expression est piétinée, bafouée, et réduite à l’état de ruines.

Nay Phone Latt  Nouvel exemple.

Nay Phone Latt avait créé un blog sous forme de forum de discussions. Jusque-là, rien de plus ordinaire. Or, il se trouve des pays dans lesquels les thèmes sont inspectés, épluchés, les discussions passées à la loupe, pour la bonne et simple raison que toutes ne sont pas autorisées, certaines suites de mots forment un interdit, une multitude de termes doivent être bannis du vocabulaire, quelques associations de lettres sont considérées comme péché envers la nation. Il en est ainsi pour “hausse” lorsque le mot est juxtaposé à “prix”. Qui donc ose parler de hausse des prix en Birmanie ? De coupures d’électricité ?
Un jeune homme a osé, oui, ouvrir un blog en langue birmane décrivant la vie quotidienne au coeur de son pays. Il aurait pu faire étalage de mensonges, mais a préféré laisser s’exprimer des internautes sur une réalité économique. Oh, parjure…
Sa peine aurait pu être -- ce qui aurait déjà constitué une atteinte totale à la liberté d’expression -- la fermeture du blog concerné…

Elle sera de 20 ans de prison. Excès, disproportion, scandale. A nous les gens de lettres, les mots nous manquent. Et sont bien impuissants face à cette aberration, qui nous laisse aussi pantois qu’elle laisse de marbre nos dirigeants.

Mon article sera court, car l’histoire parle d’elle-même. Et inspire davantage le dégoût que la prose.

Publié dans : |le 2 novembre, 2008 |Commentaires fermés